Où cultiver mes orchidées… (1)

Par Philippe Martin
cephalateur@laposte.net


Comme tout passionné, je ne résiste pas à la tentation d’acquérir de nouveaux pensionnaires au gré de foires à orchidées, de ventes plus modestes ou de producteurs sur le net malgré le manque cruel de place dans ma maison. En cinq ans, ma collection, de quelques plantes, approche dorénavant les 200 !

Une fois tous les rebords de fenêtres colonisés, une autre solution s’est bien vite imposée : la création d’un orchidarium. Bien vite, celui-ci étant trop petit, un deuxième a pris le relais avant que je ne me décide enfin à construire une serre extérieure.

Voici comment je cultive mes plantes :

Plan :

DANS LA MAISON
Au bord d’une fenêtre
L’orchidarium d’intérieur

AU JARDIN
En pots ou en pleine terre : des orchidées n’entrant jamais dans la maison !
La serre extérieure :
- L’orchidarium : une petite serre tempérée-chaude dans une serre froide !
- La grande serre froide

DANS LA MAISON

Au bord d’une fenêtre

Idéale lorsqu’on a peu de plantes, cette solution ne convient plus lorsque la collection s’étoffe. Mes premières orchidées ont vécu des années l’été dehors et l’hiver au bord d’une fenêtre avant de devenir des plantes spécimen. Avantage indéniable, cette solution ne demande pas d’installation lourde, juste un petit aménagement afin d’augmenter l’hygrométrie. Elle est améliorée en disposant les pots sur un lit de billes d’argile humide (dans un bac à chats, un terrarium à tortues…).


 
Coelogyne cristata est devenue une plante spectaculaire sur les rebords d’une fenêtre  !
Difficile de donner des conseils exhaustifs tant les conditions de culture sont propres à chaque maison, selon la taille, l’exposition des fenêtres, la température de la pièce…

Bien des orchidées se satisferont de ces conditions mais les espèces ne seront pas les mêmes derrière une fenêtre plein nord, une pièce froide…. J’utilise maintenant mes fenêtres pour mettre des plantes en quarantaine, en maintenir certaines au sec, en valoriser d’autres…

L’orchidarium d’intérieur

Au lieu de disperser les plantes dans toute la maison, cet espace réservé concentre une partie de la collection. Je l’ai utilisé avec succès comme principal lieu de vie de mes orchidées pendant trois années en privilégiant des espèces de petite taille. Il est dorénavant une vitrine d’exposition de mes plantes fleuries depuis que je dispose d’une serre extérieure au volume incomparablement plus imposant.

L’orchidarium est à l’origine un simple terrarium (pour reptiles…) de 80x50x70 cm.

Contrairement à l’aquarium, il dispose de portes coulissantes en façade (accès facile aux plantes, ne serait-ce que pour les sentir) et des grilles d’aération de part et d’autre sont très utiles pour la circulation de l’air. De plus, sa hauteur est plus conséquente : 70 cm. (J’avais toutefois tenté l’expérience avec succès avec un simple aquarium dans un premier temps. Si vous en avez un, essayez donc !)

L’orchidarium est néanmoins un espace exigu ne convenant pas aux grandes espèces. La hampe florale de mon Psychopsis papilio, dépassant le mètre ne peut entrer dans cette installation !

Il est idéal pour de plus petites espèces aux fleurs pourtant remarquables :

La fleur discrète d’Encyclia garciana a un subtil parfum qu’il serait dommage de manquer, faute de portes coulissantes !
La fleur d’Angraecum germinianum est disproportionnée par rapport à la plante. Cette orchidée, de taille modeste, est idéale pour l’orchidarium, tant que la température n’est pas trop élevée.
Néanmoins, afin d’éviter des mauvaises surprises, le terrarium doit être aménagé en conséquence :

Modification du terrarium en orchidarium :

L’atmosphère de l’orchidarium est humide. Une condensation se forme donc sur les vitres lorsque la différence de température est importante entre la pièce et le lieu de culture ou tout simplement juste après un arrosage.
Généralement, les terrariums sont des milieux très secs : ils ne sont donc pas prévus à cet effet. Sans une petite modification, l’eau s’écoulerait inévitablement hors du terrarium : ma moquette en a fait les frais !

Afin d’éviter ce désagrément, il suffit simplement de rediriger l’eau de condensation vers l’intérieur. Pour cela, il suffit de percer la glissière et de créer une gouttière en silicone (veiller à boucher aussi les trous entre la gouttière et la vitre), l’eau des portes ruissellera à travers la grille et hors du terrarium.

Vue du dessus : gouttière en silicone
vue de côté : l’eau est redirigée vers l’intérieur

 
L’éclairage :

Tout dépend de l’emplacement de la serre et de sa position par rapport aux fenêtres. L’orchidarium est installé à proximité d’une fenêtre sud-est en automne et au printemps. Il est collé contre la fenêtre au cœur de l’hiver afin de capter le maximum de lumière naturelle. Au printemps et en automne, l’éclairage artificiel est interrompu au milieu de la journée. En hiver, il est continu.
 
 
 
 
 

Ci-contre :
L’orchidarium est autant que possible baigné dans une lumière naturelle en journée.

Lors de la belle saison, la plupart des pensionnaires bénéficie d’un séjour à l’extérieur sur un muret sud est, sous des arbres ou dans une serre extérieure. C’est l’occasion de vider l’orchidarium, de le désinfecter et de le ranger jusqu’à l’automne.

La lumière artificielle est utilisée avant tout pour allonger la durée du jour bien trop courte en hiver. Elle s’avère utile en plein jour en hiver lorsque la lumière naturelle est ténue : les jours de brume par exemple. Je m’arrange pour que le " jour " soit d’environ 16 heures. Il est par ailleurs calqué sur mon rythme de vie, je me procure ainsi un éclairage d’appoint agréable dans la pièce principale. Avec l’orchidarium ainsi illuminé, les orchidées sont parfaitement mises en valeur à la manière d’un aquarium classique. De plus, l’ensemble crée un petit éclairage d’ambiance fort sympathique !

L’éclairage consiste en un tube néon de la longueur de l’orchidarium, accordé à un programmateur journalier. Le néon s’est avéré suffisant pour le maintien en bonne santé des plantes (pas de signe d’étiolement des orchidées lors de ces trois années de culture et pigmentation bien verte). Malgré tout, d’autres plantes héliophiles ont montré le déficit d’autant plus flagrant qu’elles étaient plus éloignées de la lampe (la diminution de luminosité est spectaculaire avec ce type d’éclairage). J’ai toutefois constaté une floraison de Vanda en début d’hiver, mais le bourgeon floral s’était formé en automne après un séjour prolongé à l’extérieur.
Pour un orchidarium moins bien exposé, deux voire quatre néons semblent indispensables. Pour une structure plus haute (>1.20m), la lumière du néon sera inévitablement insuffisante au sol (déperdition très rapide en fonction de l’éloignement). L’utilisation d’une lampe horticole semble alors plus appropriée (cf. L’orchidarium : une petite serre tempérée chaude dans une serre froide !).

Le choix du néon est essentiel : Floraglo ou équivalent. Il faut savoir que seule une partie de la lumière visible peut fournir cette énergie indispensable à la plante (longueurs d’ondes dans l’orange-rouge et le bleu). Le reste, c'est-à-dire l’essentiel d’une lumière blanche, n’est tout simplement pas capté par la chlorophylle des plantes. Le spectre doit donc correspondre le plus exactement possible aux longueurs d’ondes utilisables par les plantes pour la photosynthèse. C’est pourquoi il est inutile d’éclairer vos plantes avec une lampe à incandescence, halogène ou même des néons inadaptés. Bien que baignées de lumière, vos plantes seraient incapables d’utiliser l’essentiel de cette énergie !

Pour de plus amples explications sur l’action des différentes lumières sur la photosynthèse : http://www.tomatosphere.org/FR_Manual/light.html

Attention : le spectre lumineux d’un néon varie avec le temps c’est pourquoi il faut le changer chaque année. Même si en apparence le néon ne semble pas avoir perdu de son intensité, la lumière assimilable diminuerait de plus de 25% dans la première année !

Le chauffage :

Au printemps et en automne, à la faveur d’éclaircies, le rayonnement solaire peut faire grimper la température de la serre de plus de 15°C en quelques heures. C’est pourquoi j’éloigne un peu la serre de la fenêtre. L’amplitude thermique entre le jour et la nuit, bénéfique à bon nombre d’espèces, est donc simple à réaliser.
Chauffer un terrarium est très simple, il suffit d’utiliser un cordon chauffant étanche (pour reptiles) que l’on cache dans les billes d’argile. 25W suffisent dans une pièce chauffée. Je n’utilise pas de thermostat pour une si petite puissance mais un minuteur pour réduire son fonctionnement en cas de besoin.

Le cordon est autant que possible enfoui dans les billes d’argiles mais l’opération est délicate d’autant que les ventouses n’adhèrent pas toujours convenablement au sol !
Le cordon n’est indispensable que dans une pièce fraîche (mais pas trop) si l’on veut créer une serre chaude. Dans ce cas, prévoir un câble de puissance supérieure. Attention, il risque d’être bien long ! Dans ma salle de séjour convenablement chauffée, il est un plus au niveau des racines et favorise l’évaporation de l’eau et un mouvement de convection de l’air chaud humide dans ce milieu clos.

L’aération/ventilation :

Très importante ! Afin de créer un mouvement d’air, j'ai installé un petit ventilateur de voiture. Il fonctionne toujours après quatre années de service et semble ne pas souffrir de l’humidité. J'ai sectionné le câble allume-cigares et je l'ai branché à un transformateur de portable (recharge de batterie). Un ventilateur d'ordinateur pourrait aussi faire l’affaire. Le ventilateur est relié à un minuteur et ne fonctionne en tout que quelques heures par jour (afin d’éviter le bruit la nuit). L'air de l'aquarium est ainsi régulièrement brassé et renouvelé (grilles de part et d’autre du terrarium), évitant deux problèmes :

- La stagnation de l’humidité.

Avec une convection d’air, les plantes sèchent entre deux arrosages, l’humidité ne stagne pas. On évite ainsi la pourriture des feuilles mais aussi des racines (un compost grossier est indispensable)

- Le renouvellement du CO2 autour des feuilles.

On l’oublie souvent, mais au même titre que la lumière et certains sels minéraux, le dioxyde de carbone est indispensable à la photosynthèse. Or, sans mouvement de l’air, celui-ci deviendrait bien vite indisponible au niveau des stomates de la plante.

Les grilles permettent le renouvellement d’air et l’apport de CO2 de l’extérieur. D’après certaines lectures, il semble qu’un apport supplémentaire de CO2 (les aquariophiles connaissent !) augmenterait sensiblement la photosynthèse donc la croissance des plantes. Je n’ai jamais essayé mais l’expérience semble intéressante à tenter…

L’hygrométrie :

À ma grande surprise, celle-ci n’est pas trop élevée dans ce milieu clos : 60 à 70 % dans des conditions normales, plus si le milieu est plus chaud (rayon de soleil) ou juste après l’arrosage. La condensation est donc rare sur les vitres, pourvu que la différence de température entre la pièce et l’orchidarium ne soit pas excessive. Prévoir tout de même les rigoles d’évacuation évoquées précédemment.

Avec les jours, l’atmosphère s’assèche et il est donc nécessaire de veiller à la maintenir humide. Je dispose d’une bonne couche de billes d'argile (au moins 5 cm) au fond du terrarium. Les pots sont simplement posés sur les billes.
Je peux ainsi laisser en permanence 1 ou 2 cm d'eau  sous les plantes. Son évaporation (aidée par le chauffage et la ventilation) enrichira l’air en humidité sans que les racines ne baignent dans l’eau.

Je dois régulièrement ajouter de l’eau car celle-ci s’évacue progressivement par les grilles d’aération et le milieu tend à s’assécher (perte d’un litre par semaine).

Adapter le compost à un milieu clos et humide :

Attention : dans tout milieu confiné, il est essentiel d’éviter tout compost à base de tourbe (pourtant bien souvent proposé dans les jardineries pour les orchidées !). La tourbe sèche difficilement, tend à se tasser avec le temps et coupe toute circulation d’air autour des racines. Celles-ci seraient vite asphyxiées et pourriraient très vite !

Je préfère un compost bien plus drainant que pour des plantes vivant à l'extérieur de ce système. J’utilise un mélange de sphaigne du Chili, d’écorce de pin, de perlite, de polystyrène ou de billes d’argile (variable selon la taille des racines des plantes ou des besoins spécifiques). J’y incorpore du charbon de bois afin d'éviter la pourriture (attention de ne pas prendre celui des barbecues car les fabricants y ajoutent parfois des additifs toxiques !).

Un bon compost doit sécher entre deux arrosages mais garder assez longtemps l’humidité pour que les racines puissent absorber l’eau.
 
 


J’accroche les plantes sur la grille d’aération (ici, Tricoglottis pussila et Haraella odorata). 

Voici deux supports de culture radicalement différents : le premier en liège de chêne, d’un aspect naturel, le second : grille synthétique et sphaigne du Chili. Celui-ci est parfaitement aéré. De plus, la sphaigne absorbe facilement l’eau et sèche rapidement : les conditions sont idéales pour les racines et il est aisé d’arroser ce support ! Les résultats sont exceptionnels sur un tel support !

Entretien :

Il est limité. Les vitres sont nettoyées de temps à autre : les projections d’eau salissent les vitres lors des pulvérisations. À la longue, des algues peuvent se développer sur les parois. Comme les parois sont en verre, je ne rencontre aucun problème de rayure avec le temps. Après quatre ans, l’orchidarium est comme neuf. Je n’en dirais sans aucun doute pas autant si les parois étaient en plastique. Préférez le verre si vous en fabriquez un !
Je désinfecte aussi les billes d’argile une fois l’an. Je les débarrasse ainsi de tout germe. Le cordon chauffant mérite aussi un bon décrassage après une saison d’utilisation…

Conclusion
L’orchidarium s’avère être tout aussi esthétique qu’un aquarium. J’ai maintenu en vie jusqu’à 40 espèces de petites tailles pendant plusieurs années avec bien peu d’échecs avant que je ne me décide enfin à investir dans une serre extérieure. Milieu de culture, il est devenu lieu d’exposition. Effectivement, si une véritable serre est adaptée à la culture de plus grandes plantes, elle est peu propice à l’exposition des plantes, particulièrement en hiver ! Je transfère donc les orchidées fleuries dans l’orchidarium. Cette vitrine est ainsi parfaitement complémentaire de mon installation extérieure car elle est devenue pour moi le lieu idéal d’exposition des plantes fleuries dans la pièce de vie de la maison.

Suite : au jardin